Les tracas des jeunes chinois

Je vous avais parlé de mon acolyte de voyage, le cuistot guitariste (les noms chinois me sont très difficiles à retenir paix à leurs âmes).
On a pu se retrouver à Ordos, ou plus précisément à Dongsheng où on logeait séparément (l’ancien emplacement d’Ordos avant le remue-ménage pour en faire une grosse cité attractive). C’était vraiment cool. On a pu aller au musée d’Ordos (gros bâtiment arrondi sur les photos) où il m’a appris comment fonctionnaient les armes à feu et les grenades (c’est bête mais je ne savais pas), quelques dictons/proverbes chinois et bien d’autres choses encore.
Ca m’a fait rire quand il m’a demandé si je connaissais Xiao Yan Zi (une paysanne qui s’est fait passer pour la fille perdue d’un empereur à l’époque, et qui devait apprendre des proverbes mais ne savait jamais comment les utiliser – j’ai cramé cette série étant plus jeune donc je voyais exactement là où il venait en venir) « en ce moment bah tu es comme elle! » XD C’est d’autant plus drôle que mon nom en chinois se prononce comme le mot « proverbes » .
Toujours dans ce même musée j’ai pu compter 17 côtes sur les squelettes assemblés des dinosaures si ça intéresse certains (pour infos nous en avons 12, et mon chat aussi).
On a aussi été visiter la ville de Kang Si (nouvelle ville en construction sauf qu’elle garde son côté traditionnel en brique et chapeau de toit chinois) et sa flore alentour (superbes clichés avec son Nikon de fou ci-après). Nous étions 6 ce jour-là, en compagnie des collègues cuistot de son ami cuisto, avec qui on a terminé la journée au parc des mariés d’Ordos.
C’est bien la première fois que je vois un Wedding parc, mais encore plus un aussi grand parc avec aussi peu de monde. Ils m’ont bien fait rire avec leurs accents (tous venaient d’un endroit différent), ça faisait longtemps que je n’avais pas autant ri toute seule! On a escaladé les grillages faute de trouver l’entrée (bon on a fini par la trouver mais c’était payant : révoltant! Chut…) et on a pu admirer les imposants groupes de statues (type bronze) qui racontaient les étapes du mariage mongol pas à pas (ils aiment bien raconter les histoires de cette manière ici, et j’adhère totalement car on est complètement submergés par ces êtres grandeur nature aux allures hyper réalistes).

Le soir, ayant rendu ma chambre dans mon superbe hôtel 4 étoiles accueillant un grand congrès sur la lutte contre la désertification cop13 (et oui quitte à pas aller en auberge autant bien dormir), j’ai proposé à mon acolyte cuisto de l’accompagner faire de la guitare dans la rue. Il a tenté de se défiler à plusieurs reprises et de m’envoyer paître me reposer dans sa chambre, mais coriace comme je suis j’ai tenu bon et j’ai pu l’écouter chanter micro et guitare à la main, amplifié par ses basses-super-lourdes. Je ne sais pas comment il fait pour se trimballer avec tous ces trucs depuis 2 mois.
Je suis restée scotchée par tant de virtuosité cachée, un touchant timbre de voix, dans laquelle on perçoit une mélancolie certaine. Je lui ai dis qu’il fallait absolument qu’on chante un truc ensembles quand il rentrera à Xian (le rêve de toute une vie, avec la danse).
Les passants étaient plutôt généreux (je sais pas pourquoi mais ça m’a étonné), et j’ai compris ce qu’il voulait dire par « tu as assez de monnaie pour le bus? Car sinon moi j’en ai beaucoup » Apparemment, 2h de musique par jour lui permettait de subvenir à son voyage (il n’avait de toute façon emmené aucune économie avec lui).
Et tes parents dans tout ça, ils disent quoi?
« Mes parents ne savent pas que je suis parti, ils me taperaient sinon t’imagines.. »
Et ta soeur qui vit avec toi, elle en pense quoi?? « Elle ne sait pas non plus, je l’ai bloquée sur wechat.. » C’est un discours que je retrouve souvent de la part des rares jeunes que je vois voyager.
D’ailleurs il m’a dit que le plus gros des souhaits de sa famille, c’est de le voir se marier, se fixer et faire ensuite ce que bon lui semblera, du moment qu’ils seront deux. L’horloge biologique en Chine les presse de mille coups chaque jour qui les rapprochent de la 30aine. La première réaction que les gens ont quand ils apprennent que j’ai un grand frère qui va avoir 30 ans ce n’est pas de savoir ce qu’il fait, mais c’est de savoir s’il est marié. Et quand je réponds non, la question est de savoir POURQUOI. Et oui avoir plus de 26-28 ans et ne pas avoir trouvé de partenaire pr la vie, il y a un nom pour ça, c’est assez effrayant a entendre. «fille restante» «homme restant». En chinois la notion de «reste» est d’autant plus accentuée car on l’utilise pour les restes de nourriture. Et du coup, on n’obtient également plus que les «mauvais restes» en face, les meilleurs sont pris. Car «on pense alors que si tu n’as personne, c’est que tu dois avoir un problème qqpart.. je préfère vite me trouver qqn avant qu’on pense que j’ai un problème qqpart» m’avait alors dit mon amie de Datong.
Le voir ainsi se tourmenter sur son mariage et sa vie professionnelle à 24 ans m’a paru assez fou. Il m’a dit que c’était comme ça ici, et qu’en plus de ça, les garçons ont encore plus la pression car ils doivent gagner suffisamment d’argent pour payer le mariage, la voiture, la maison, les cadeaux et.. OMG un genre de dotte inversée! (il me semble que la dotte indienne dans les endroits où ça existe encore toutefois, est versée à la famille du garçon puisqu’ils s’occupent ensuite de la fille ; ici, dans les familles hyper reculées et traditionnelles, c’est le garçon qui doit donner beaucoup d’argent car il leur enlève en quelque sorte leur fille adorée qu’ils ont élevé avec autant de peine durant toutes ces années).
Au final j’ai eu deux versions du mariage à ce jour : celle de la gente féminine (car si vous vous souvenez bien, j’avais parlé de ça avec les deux Datongiennes) et celle de la gente masculine. Les deux convergent quand même vers la même idée : on aimerait faire autrement, mais nos parents ne veulent pas.
Ce qui veut dire que d’ici une génération, les choses évolueront sûrement plus vite… En attendant, je remercie intérieurement mes parents qui malgré leur éducation stricte, nous ont toujours laissé bien plus de liberté qu’un enfant asiatique ne peut espérer :’)

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