Prise en charges transgénérationnelles

J’ai vraiment été extrêmement heureuse de retrouver ma famille, surtout de voir que mes grands parents se portent bien.
Rien que petit déjeuner avec eux ce matin du vendredi 8 septembre à 6h du matin, fabriquer avec ma grand mère une semelle sans voute plantaire pour mes chaussures de randonnée (qui tirent mon aponévrose plantaire), apprendre ses spécialités culinaires, était en soi une source de bonheur inégalable.

 


Néanmoins j’ai vu que quelque chose les minait.. Cette culture sur laquelle se base la société chinoise (et d’une manière générale asiatique), de vivre en famille pour pouvoir prendre soin de chaque génération en même temps.
Mes grands parents vivent a la base à Gui Yang, et pourtant, ont passé pas mal de leurs années à vivre à Shanghai et Pékin. Tout simplement parce qu’ils allaient s’occuper des nouveau nés, à savoir ma cousine fangfang (SH, 25 ans comme moi chez qui ils sont restés bien 18 ans), et mon cousin Qiaoqiao (Pékin, 8 ans), ce qui est chose commune ici. Sauf qu’ils ont maintenant respectivement 80 et 85 et que ce n’est à mon sens plus trop un âge pour courir chercher le petit, faire les courses, faire à manger, faire le ménage, et lui préparer ses affaires. D’ailleurs ma grand mère s’est cassé le col du fémur en mars dernier pour avoir été faire les courses en courant sur du verglas car elle était en retard pour aller chercher mon petit cousin (d’ailleurs je trouve fabuleux sa récupération sans opération ni kinésithérapie, il lui reste à tout casser une limitation en extension et rotation médiale de hanche, fatigue et sensation « acide » comme elle dit, lors de la marche prolongée sous stress).
Mais cette pression sociale, cette peur du jugement et cette self-obligation d’être « juste » envers leurs enfants (s’occuper de chaque famille) les contraints à rester.

A cela s’ajoute le soucis que pose l’enfant unique en Chine (en dehors de toute considération éthique et démographique). Mon cousin passe ses journées à passer d’une activité à une autre : cours de guitare, cours d’anglais (par vidéoconférence avec des américains à heures fixes), cours de chant, natation, et j’en passe, afin d’avoir le plus d’outils possibles pour réussir. Du coup mes grands parents passent leurs journées à courir, puisque mon oncle et ma tante travaillent.
Autre conséquence que j’entends à tous les coins de rue, c’est qu’ils sont devenus pourris gâtés. Du coup mon petit cousin (qui est pourtant adorable) passe son temps à geindre, et ne les écoute pas, ce qui ajoute à la charge physique un grosse charge mentale peut être même pire.

Alors c’est vrai que ce système a ses avantages parce que les personnes âgées sont constamment entourées de leurs proches (ce qui très différent d’un personnel soignant même si une faible part sont plus aimants que les proches eux-même), et il y a une vraie ambiance familiale. D’ailleurs il est officiellement puni par la loi d’abandonner un proche âgé ici. Mais il n’y a plus aucune intimité, les parents vivent en lit superposé avec le petit et les grands parents à côté, car il fallait qu’ils s’installent dans le quartier où se trouvait la meilleure primaire de Chine (quartier extrêmement cher, situé au coeur de Pékin à côté de la place Tianmen). Les tensions pèsent sur des modèles de pensées, d’éducation, et surtout, tout tourne autour du petit, et plus de soi-même, chacun sacrifie sa propre génération au profit de la génération d’après et personne ne vit pour soi au final.
Phénomène inverse en France par exemple, où mes patients me disent très clairement qu’ils sont très bien sans leurs enfants q’ils ne pourraient supporter, et vice versa (parfois l’individualisme est un peu limite même). Les retraités profitent de leur retraite pour s’adonner à leurs petits plaisirs (m’enfin vu l’état dans lequel ils sont la plupart du temps à cause des maladies professionnelles.. pas forcément.. c’est un autre débat).

On en a discuté, et il y a pas mal de compromis au final comme retourner à Gui Yang un petit moment, aller rejoindre sa soeur dans une maison de repos (autonomie mais soutien médical si besoin avec groupe de PA de leurs âges), venir à Paris profiter une dernière fois (bonne excuse pour couper le cordon) et rentrer ensuite, il faut juste qu’ils dépassent le propre mur qu’ils se sont érigés à cause des moeurs de la société.
Bon, c’est toujours plus facile à dire …

2 commentaires sur “Prise en charges transgénérationnelles

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