Manoeuvres Tuina en post-partum – Médecine Traditionnelle Chinoise

La fermeture merveilleuse du bassin

 

La première fois que j’ai pratiqué cette technique, j’étais en Chine, à l’hôpital, en plein stage, et je venais de sortir d’une formation post-accouchement. Sauf que ce stage-ci n’avait rien à voir avec la maternité et ses suites de couche.
La patiente que j’avais venait pour un problème de dos depuis son accouchement il y a 10 mois et ni elle ni moi ne nous attendions à un tel résultat.
Passé la manipulation du côté gauche, nous remarquons une différence notable par rapport à la droite (comme si la crête était revenue plus au centre) et pris d’un réel espoir, je continue. Une fois relevée, son pantalon tombait pratiquement… et nos mâchoires également. Elle n’avait pas de mots pour exprimer sa joie, la mysticité du phénomène, la magie du corps humain, qui venait de se dérouler sous nos yeux.
Par la suite, tous les stagiaires – même mon tuteur – ont tenu à assister à une démo derrière.

Que s’est-il passé?

Le bassin s’est “élargi”, on le remarque parfois au pantalon, ou face au miroir, ou simplement en marchant, car la démarche “canard” de la grossesse semble perdurer malgré tout.
Rassurez-vous, ce bassin est censé revenir à sa taille habituelle, et il en est parfaitement capable. Mais il a parfois besoin d’aide : notre mode de vie actuel chamboule beaucoup de nos mécanismes de récupération physiologique (et pas que !), il n’est en réalité pas si étonnant que ça qu’il faille qu’on accompagne ce processus.
Les ligaments au-dessus des deux fesses qui servent de joint entre la pièce centrale et les deux pièces latérales se sont détendus (les ligaments sacro-iliaques), de même que ceux du pubis, générant une rotation vers l’extérieur des jambes, un aplatissement des fesses, des attaches musculaires (abdominales notamment) plus espacées, et une biomécanique globale modifiée.
Dans ces conditions, solliciter ses abdominaux, son périnée, son dos, sera moins concluant, et vous pourriez même avoir des douleurs directement associées.

Pourquoi diantre dame nature a t-elle mis tout cela en place ?

Ils permettent à ce bassin une meilleure élasticité et une meilleure ouverture durant l’accouchement : le bébé a moins de risque d’être coincé, et de nous coincer par la même occasion. 

Que faire ?

Il nous suffit de venir imprimer les schémas inverses afin de récupérer une fermeture des iliaques (vers l’intérieur), de l’articulation du pubis, de la rotation médiale de hanche, et de le stabiliser avec une ceinture spécifique, avant de répéter la manoeuvre plusieurs fois les mois qui suivent. C’est ce que faisaient et font les matrones, et la majorité des femmes dans le monde.

Pour toutes ?

Si c’est juste une question esthétique et que vous n’avez pas accouché mais que comme mon amie, vous souhaitez juste perdre quelques tailles de jean, la réponse est non, désolée…
Par contre vous avez accouché récemment? Oui !!! L’effet sera d’autant plus flagrant que votre accouchement est récent (les matrones le pratiquaient le 1e jour, mais dès le 1e mois c’est déjà extra), et que vous continuez d’allaiter : les ligaments sont encore sous l’effet des hormones (relaxine), et votre pouvoir potentiel à faire le grand écart est bien plus important.
Aux femmes qui ont accouché il y a plus de 2 ans (avec arrêt de l’allaitement) : malheureusement à part gagner 1 mm de tour de hanche, les effets ne sont plus vraiment au rdv… pensez-y pour votre prochain bambin 😉

Voilà, vous êtes en meilleure condition pour rééduquer votre périnée, et en plus vous retrouvez vos formes !

Soins mammaires

La scène suivante se déroule en Chine, à Xian, dans les locaux de mon école de massage et d’acupuncture traditionnel chinois.
Par chance, nous avons une élève qui vient d’accoucher de son 1e bébé il y a 3 mois.
(en réalité ce n’était pas tant une coincidence : en Chine l’ouverture au deuxième enfant, et l’accessibilité de la formation étaient de mise!).
Donc la jeune maman en question est en plein sevrage, et ses seins bombés et endoloris par les tétées, souffrent.
La prof nous fait la démonstration des techniques mammaires sur elle.
En France, je ne me serais pas vue assister à ce genre de pratique, dans autant de solidarité générale (pas juste féminine, je précise que l’Etat donne des primes mensuelles aux femmes pour leurs menstruations et j’en passe).
Ici où l’allaitement même est en proportion faible durant les suites de couche (70% à la sortie de la maternité, 20% au bout de 6 mois – par découragement bien souvent), et soumis parfois à débat, nous étions au paradis du Sein.

Les seins étaient massés, pétris, le lait “excédentaire” s’écoulait à même les tétons, et personne n’avait l’air plus gênés que ça.
Elle s’est relevée, et s’est sentie en grande partie soulagée. Soulagée que ses seins aient été pris en considération, bichonnés, soulagés du surplus de lait, soulagée des tensions et des contractures liées à l’allaitement et au sevrage, et soulagée que la circulation se fasse mieux.

En post-partum, arrive le moment où la maman choisit de se “sevrer” (cela arrive plus tôt en France par ex, où le congé maternité est en moyenne plus court).
Les seins vivent de grands chamboulements tant hormonaux que physiques, et ce dès les premières semaines de grossesse. Ils ont été le lieu privilégié de connexion entre la mère et son enfant, moment de partage parfois à la fois exquis et à la fois moins exquis.
Pour concocter ce fabuleux lait maternel du nourrisson, ces mêmes seins ont donné beaucoup d’énergie, de vitamines, de coussin adipeux, ils ont été parfois mordillés avec plus ou moins d’agilité, et traversent un choc “plein-vide” plus ou moins important selon la rapidité du sevrage. Ils peuvent ressortir meurtris de l’aventure s’ils ne sont pas bichonnés comme ils le méritent. Des douleurs explosives, des irradiations dans le dos, des gerçures, des seins trop souples voire flasques…
Fort heureusement, les seins sont entourés de points d’acupuncture, où des lignes de méridiens s’y frayent un passage pour la revigorer. Il est tout à fait possible de les stimuler (acupression ici) et de profiter de cette ouverture pour venir les masser en guidant vers leur position originelle, les hydrater, les re-nourrir, eux qui ont tant nourri.  

En pré-partum, les seins n’ont pas encore nourri le nourrisson, mais ils se préparent à le faire. Les tensions qui en résultent peuvent être particulièrement intenses, empêchant parfois de se positionner comme on le voudrait, ou de faire sa gym sans avoir à y penser.
Mieux vaut prévenir que guérir 🙂

Manoeuvres amaigrissantes


Vous avez peut être déjà entendu parlé du LPG, machine remodulante surdimensionnée investie dans certains cabinet.
Mais peut être n’avez vous pas encore entendu parlé de l’acupuncture d’amaigrissement, des cassages manuels amaigrissants, des massages remodelants, jouant sur les points d’acupunctures, les sensations de satiété, les zones d’épuration, les axes de circulation de l’énergie. Et pourtant, parfois je me demande pourquoi ces choses-là ne dépassent pas la frontière. Je veux dire, dépasser et s’installer.

L’anecdote finale se passe toujours en Chine, pendant mon cursus des fondamentaux de la médecine chinoise, à Xi’an. Par une chance exceptionnelle et inouïe, il se trouve qu’un de mes camarades de classe avait été faire des études en France et parlait français : nous étions donc les deux martiens de l’école, je n’étais plus si seule.
Il décide assez rapidement de suivre le cours d’acupuncture intensif sur quelques semaines, et s’absente quelques temps.
2 mois plus tard, il avait perdu 10 kg (passant de 100 à 90 kg environ), et tout cela sans rien changer à son alimentation.
Ebahie, je lui demande plus d’informations, et c’est là qu’il me livre le contenu de sa formation, dont les cours d’amaigrissements ne figuraient qu’en petite partie. Mais il avait acheté seul des bouquins, s’est piqué seul tous les soirs, buvait des concoctions de plantes chinoises selon des recettes bien précises, et parlait d’ouvrir une clinique d’amaigrissement, peut être même au Canada, son rêve du moment.


Comment une technique aussi efficace resterait aussi peu connue ?

Tout d’abord, il n’y a pas photo entre le nombre de médecins chinois en Chine et celle France (logique, mais pas toujours).
Ensuite, il n’y a pas photo non plus entre le cursus suivi par un médecin chinois en Chine (plus de 6 ans) et en France (plutôt disséminés sur des week-ends pour reconversion, sur à peu près la même période).
Enfin, comme tout traitement, il ne dépend pas seulement du bon diagnostic du praticien, mais également du patient lui-même : variabilité individuelle, compliance consciente ou déni inconscient, disponibilité en temps et en argent, et j’en passe.
Mon ami en question s’était piqué tous les jours, pendant des mois, et il y croyait dur comme le jour de sa naissance.
Néanmoins, à noter : son idéal de ne rien changer à son alimentation a rencontré un frein (il buvait même de la bière encore), puisqu’il a vite atteint un palier, où l’alimentation et les efforts physiques devaient nécessairement entrer en jeu. Et encore il n’avait ni diabète ni pathologie particulière derrière.

Tout ça pour dire que moi aussi, je tiens à faire voyager les techniques à travers les océans.

Et pour ceux qui restent sur leur faim quant à la Médecine traditionnelle chinoise, découvrez en quelques prémisses à travers mes propres découvertes de l’époque.

Merci.

dav

Ca y est, les 77jours de périple sont écoulés.
J’ai l’impression que c’est passé vite, mais en fait c’est juste passé. J’aurais presque voulu que les journées ne passent pas, mais si elles n’étaient pas passées … je n’aurais pas vécu ces journées (l’intro qui retourne le cerveau). Je peux donc dire que je suis contente que ces 77 journées se soient écoulées, car elles m’ont permis d’apprendre énormément de choses tant sur le plan personnel que professionnel, de dessiner un peu plus mes objectifs de vie, de remplir mon cœur de plein d’émotions, de rencontrer des personnes magiques mais surtout de tisser des relations avec elles.
J’ai adoré comparer les deux cultures sur lesquelles je suis à cheval, ni totalement sur l’une ni totalement sur l’autre. Prendre de chaque ce qui me correspond le mieux.

En termes de santé, il n’y a pas photos, les chinois ont une connaissance non négligeable du fonctionnement humain auquel on devrait s’intéresser tout autant qu’ils s’intéressent à la médecine occidentale. Prendre son dîner entre 17 et 19h pour éviter de malmener ses organes, éviter les boissons et aliments froids encore moins glacés, sélectionner son type de thé/ fleurs/aliments selon son état actuel, privilégier les légumes aux compléments alimentaires (et en avoir les connaissances), manger moins de protéines animales aux repas mais mieux répartis dans la journée (ils adorent la viande séchée ou les brochettes en encas (apport de protéines à saturation sur un repas et en manque durant la journée), se coucher avant 23h (heure du 1e méridien du cycle de 24h, qui est le méridien du poumon), reposer souvent ses yeux en regardant des étendues de vert, privilégier les plantes médicinales, remèdes « logiques » et j’en passe. Dans le train, ils passent même des bandes explicatives sur les aliments, les choses à faire pour éviter les jambes lourdes, ce qu’il faut manger plutôt chaud, plutôt froid… C’est impressionnant.
J’aime aussi comme les chinois sont décomplexés face à la nourriture : pouvoir manger des pâtes, du saucisson et du riz sauté dès le matin, se permettre de boire du jus d’orange chaud, du yaourt chaud, du café froid.. tout ça sans s’offusquer que ça soit «dégueu». Après tout, la manière de manger n’est elle pas juste perception créée par la société ?
D’un autre côté, j’aime comme les français Savent Vivre (et leur Savoir-Vivre), l’hygiène et la qualité des produits, la culture du divertissement et de l’épanouissement, l’accès aux informations, la pratique de sports, l’esprit critique, l’indépendance.

Un petit diaporama des au revoir du séjour ci-dessous 🙂

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Merci à ma petite étoile de m’avoir permis de partir.
Et puis ce n’est qu’un au revoir… Retour dans quelques mois pour suivre ma formation. En attendant chinois à fond 😉

 

L’Hôpital international de rééducation de Kunming

9h50. Je ressors telle une pouilleuse de mon train de nuit, où je me suis lavée une partie de cheveux au lavabo en veillant à ce que ça ne touche pas l’évier douteux.
J’achète au passage plusieurs grappes de raisins à offrir (les fruits sont un cadeau typique en Chine) et on m’accueille contre toute attente telle un personnage important. Je tente de faire bonne figure au maximum, je représente en quelque sorte les Kinésithérapeutes français… L’équipe est internationale avec une prédominance marquée de chinois, et quelques anglophones (classiquement anglais, américains et australiens), tous plus consciencieux et souriants les uns que les autres.
On me fait visiter les locaux. A vrai dire, je n’ai jamais vu ça, c’est comme un paradis pour Kinésithérapeutes : des rails au plafond j’en ai déjà vu, mais pas dans tout l’hôpital (permettant au patient d’aller aux toilettes et de se déplacer dans l’hôpital, accroché dans son harnais), des salles permettant aux parents d’assister aux séances des enfants sans qu’ils les voient grâce aux vitres réfléchissantes, des tables de cuisine à hauteur régleables dans la chambre des patients pour des séances d’ergonomie en live, des appareils de posturologie ultra-sophistiqués, ainsi que d’autres permettant de mesurer avec précision la force quantitative et qualitative de plusieurs groupes musculaires (s’affichant sur l’écran d’en face), des salles insonorisées pour rééducation auditive … Des salles de thérapie par ozone, une machine à infrarouge permettant de mettre en évidence les zones du corps dégageant un excès de chaleur (cartographie qui sort).
Les salles d’attente sont grandeur nature, avec prises électriques et tout le confort dont on pourrait rêver lorsqu’on vient se faire soigner.

Ils accueillent essentiellement des chinois, mais c’est aussi ici que les étrangers, sportifs de haut niveau se dirigent en première intention pour leur rééducation ou leur préparation sportive.
Le midi, je mange avec le directeur, qui on l’aura compris, aimerait que j’aille travailler pour eux. Il me propose même pour les profils comme moi qui aiment bouger, de tourner sur les 4 sites qui leur appartiennent, à savoir : Pékin, Shanghai et Shenzhen (pédiatrie sur ces trois sites), et Kunming, qu’ils viennent d’ouvrir il y a seulement 7 mois, et qui attend les 1 an pour offrir la sécurité sociale à ses patients (augmentation attendue des consultations, qui pour le moment sont souvent trop chères pour la plupart des chinois, ce qui leur permettrait de développer un pôle de recherche).
A 13h, j’ai rendez-vous avec Matt, un polonais qui travaille ici depuis 2 ans, et 5 ans en Chine après avoir été diplômé de Kiné + Master. On discute dans la grande salle d’attente.
A 14h, il me fait assister à une séance avec une patiente venant pour dorso-lombalgie : fine et très peu tonique, elle passe ses journées devant l’ordinateur / portable et ne fait pas de sport (comme la plupart des chinoises et chinois). Matt gère un kiné plus jeune que lui, car ici ils fonctionnent par niveau et système de parrainage. Il m’envoie le wechat de la RH afin que je puisse me renseigner directement auprès d’elle si l’envie me prenait de travailler avec eux.
A 16h, on m’organise un chauffeur privé pour me rendre à l’aéroport.
Ca y est, c’est la fin du périple….

Mosuos – Les femmes ne vivent pas avec leurs maris

Entre Shangri-La et le Lac Lugu, le choix n’était pas si simple au départ.
On entend pratiquement que parler de Shangri-La (Horizons perdus), la ville imaginaire du bouquin de James Hilton tout au nord du Yunnan, à près de 4000m d’altitude à la frontière du Tibet.
Sauf que comme beaucoup de villes touristiques de Chine, le tourisme en a crée un lieu dépourvu de toute âme.
C’est donc le Lac Lugu dont j’ai eu beaucoup d’échos que j’ai choisi de visiter durant 3 belles journées. On entend parler de la sérénité du lieu et de la minorité atypique qui vit là-bas : les Mosuos.

Les mosuos sont un sous-groupe de la minorité ethnique des Naxi, qu’on retrouve essentiellement dans le Nord du Yunnan voire dans le Sichuan où je me suis rendue, entre Lijiang et le Lac Lugu.
Ils sont connus pour être parmi les derniers pratiquants de la société matriarcale au monde, où l’homme ne vit pas avec la mère de ses enfants, ni ses enfants, car c’est la femme qui a le monopole entier de la gestion familiale : tout se transmet par les femmes, du nom de famille, jusqu’aux biens.
Les hommes viennent voir leurs femmes à la tombée de la nuit et repartent ensuite au petit matin.
Avec Aulde, on s’est posé beaucoup de questions « mais du coup ils ne sont pas jaloux? Ca veut dire que la jalousie n’est pas innée mais engendrée par un genre de société? » Moi qui croyait que la jalousie était un sentiment universel … Me voilà déboussolée..
« Et s’ils s’avèrent qu’ils sont jaloux, ou qu’ils veulent juste vivre ensembles ils font comment ? » Et « comment savoir qui est le père des enfants? Il doit y avoir beaucoup de consanguins » « la femme élève seule plein d’enfants du coup, c’est bizarre… »

En fait, ce que la plupart des touristes croient à tort (et que j’ai lu sur un blog), c’est que les femmes ne se marient pas et ont autant d’amants qu’elles le souhaitent. « nous ne sommes pas des prostituées non plus » a rétorqué, un brin outrée, une Mosuo à qui on demandait comment s’assurer qu’il n’y avait pas de consanguinité dans le lot…
Non, la réalité est bien plus vertueuse, puisqu’une fois la relation établie, il y a bien un mariage qui scelle la relation des deux amoureux : l’Azhu (l’homme) et l’Axia (la femme).
Dans le rare cas d’un mariage Azhu, il y a co-résidence et l’homme vit chez la femme, avec toute la famille (je ne me souviens pas avoir lu qu’ils vivaient seuls tous les deux néanmoins).
Seulement, dans le cas beaucoup plus fréquent d’un mariage Axia, l’homme ne vit pas avec sa femme, et ne peut effectivement que la voir à la tombée de la nuit, pour repartir au petit matin.
Et où va t-il ? Et bien il rentre chez sa famille à lui, et s’occupe des enfants de ses soeurs, sous la tutelle de sa mère, la Grand-mère toute puissante des lieux. Ce sont donc les oncles qui jouent le rôle de père si on veut faire une comparaison incomparable à nos sociétés.
Ce système peut être différent selon qu’il n’existe pas de frères (le mari viendra sûrement vivre chez sa femme) ou qu’il n’y ait pas de filles dans la famille (l’inverse pourrait peut être se produire).
Mais alors n’est-ce pas un peu gênant pour le couple de se voir dans un endroit aussi habité ? En fait, la femme, à partir de ses 13 ans, n’a plus le droit d’habiter au cœur du foyer et possède une chambre isolée mais d’autre part, elle se met d’accord avec son amoureux voire mari d’un « signal codifié » lorsqu’il viendra la voir : de ce fait, ils peuvent se voir avec plus d’intimité, et cela évite les mauvaises surprises (on s’est aussi posé la question.. qui sait qui peut débarquer dans sa chambre…) !

Mais, pourquoi fonctionner d’une telle manière ? Ce mode de vie peut paraître très surprenant et « contre-nature ». Or en réalité, il est socialement très intelligent, et possède beaucoup d’avantages : l’objectif d’un mariage ici n’est pas de se créer un foyer où (sur)vivre ensembles, mais uniquement de témoigner son amour, sans forcément se promettre fidélité jusqu’à la mort. Il n’y a en ça pas de notion de mariage forcé, et les relations se font et se défont plus naturellement.
L’aspect financier n’intervient pas et contrairement aux autres minorités (la plupart des chinois sont Han), il n’y a pas d’argent à donner à la famille de la femme (comme j’en parlais dans les tracas des jeunes chinois). C’est un gage d’égalité en terme d’amour, et signifie que l’amour prédomine par-dessus tout : lorsque le jeune garçon passe à l’âge adulte (13 ans), une cérémonie se tient et durant le rituel, il doit notamment marcher sur de la viande de porc et un bol de riz afin de souligner qu’il ne manquera pas de nourriture à l’avenir (un brin dérangeant pour ce porc et ce riz je dois l’avouer).
Si par la suite la femme n’est pas satisfaite de son mari, qu’il s’est mal conduit (mouhahaha) ou ne respecte pas les règles sociales établies, il lui suffit de rompre ce mariage ce qui ne l’empêche pas de se remarier dans le futur (dans le cas où ils ont des enfants, c’est tout comme nous, beaucoup moins facile).
De ce fait, il n’y a pas de conséquence financière en jeu, les enfants ne sont pas malmenés par ce divorce et la vie familiale continue son train-train habituel.
Les enfants sont totalement conscients de l’identité de leur père, mais n’éprouvent aucun remord à ne pas vivre avec, ayant auprès d’eux leur oncles qui les éduquent en accord avec leurs sœurs.
Il n’y a pas de problèmes de consanguinité puisque les liens de parenté sont suivis (d’ailleurs elles privilégient brassages ethniques ou « bel homme »)
Il aurait été ainsi recensé bien moins de crimes, problèmes sociaux liés au divorce, d’enfants abandonnés, discordes quant aux biens, propriétés et héritages..

Une autre grande différence avec nos sociétés, se trouve dans la place qu’occupent les femmes. Ce sont elles qui gèrent le foyer, les finances, la ferme, les repas, l’éducation, les relations sociales voire politiques. Elles délèguent ensuite certaines tâches à leurs frères et autres membres de la famille qui les soutiennent et les respectent. Presque un paradis pour les féministes ! On en vient à se demander pourquoi la plus grosse partie de notre globe confère la place dominante à l’homme, pourquoi faut-il vivre à deux, avoir 1 père 1 mère pour qu’un enfant soit stable émotionnellement (et par conséquent heureux) …

C’est donc grâce à la solidité et l’efficacité de cette même structure que les Mosuos ont pu sauvegarder leur héritage et leur identité malgré les pressions extérieures.
Lorsque Mao est monté au pouvoir et a tenté d’homogénéiser tout ce qu’il pouvait sur le territoire (Révolution culturelle), il a entre autres tenu à imposer le modèle familial conjugal. Ce système a néanmoins réussi à survivre (persistance, voire reprise a la fin de la Révolution). Malheureusement, avec le monde moderne qui les entoure, ainsi que le manque d’éducation scolaire dont bénéficient les femmes, il se retrouve en danger.
Aujourd’hui la taille des familles se retrouve de plus en plus restreinte, et les hommes grimpent vers une place de plus en plus dominante. Il serait donc important de favoriser l’éducation de ces femmes .. il serait tellement dommage que 3000 ans de culture intelligente ne se retrouve dans quelques années plus que dans les livres d’Histoire, et que les quelques milliers de Mosuos restants pratiquant ce mode de vie se trouvent contraints d’abandonner leur singularité pour devenir… comme tout le monde.

Sources : Discovering the Mysterious oriental Kingdom of female, par Liu Xue Chao, 2006. Après avoir vécu 20 ans auprès des Mosuos.

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Chapitre 7 – Carnet de voyage du Nord du Yunnan avec Aulde

IMG_20171114_191931Ca a quelque chose de magique de déléguer le plan de son itinéraire au destin, et pouvoir changer ses projets comme bon nous semble.
Je comptais rester à Kunming jusqu’à ce que la première auberge où j’ai mis plus d’une heure à arriver depuis l’aéroport se trouve être en chantier, et la deuxième complète.
Après un coup de fil rapide à mon couchsurfeur du début du voyage chez qui je dois récupérer des affaires (j’y ai bien entendu oublié des trucs, et quitte à devoir récupérer des affaires, j’y ai également envoyé à son adresse le reste des affaires laissées ailleurs durant mon parcours), je file en vitesse à la gare où il reste des trains pour partir le soir-même. Le nord du Yunnan est bien mieux desservi en termes de train que le sud, où on ne se déplace presque qu’exclusivement en car ou en bus-couchette (et ça n’est pas moins cher, au contraire) …

12/11. Lijiang, 2400m d’altitude, encerclé par les montagnes. Assise dans mon bus, j’assiste au levé du soleil. Le ciel est si bleu, et la vue entre deux façades me permet d’entrevoir le sommet enneigé de la célèbre montagne du Dragon de Jade. Ivre de bonheur, je me rends au YHA du coin où je rencontre Aulde, une française travaillant 3 ans à Shanghai en tant que documentaliste mais qui au final s’avère être méga plurivalente (model pour coupes de cheveux, court-métrage publicité, volontaire pour aider les éléphants au Laos, les tortues en Grèce, représentations théâtrales en Autriche…). Il se trouve qu’on a prévu de visiter à peu près les mêmes sites, et de rayonner autour de Lijiang. On commence par visiter la vieille ville, et enchantée par le charme d’ici, je décide d’y rester un peu plus longtemps (sacrifiant ainsi à grand regret l’idée d’aller admirer les Terres rouges de Lexiaguo).
Au centre-ville, les restaurants sont souvent jonchés de post-it multicolores où les clients viennent y déposer quelque commentaires, rendant les lieux on ne peut plus chaleureux.
On assiste également à un système des plus intelligent de récupération d’eau : trois bassins d’eau de source se succèdent, à des hauteurs décroissantes : le premier bassin comporte de l’eau potable et coule dans le deuxième où les habitants viennent laver leurs légumes, puis coule dans le troisième où ils viennent laver leurs habits. Amazing.

On découvre avec amusement une nouvelle technique pour contourner les prix extrapolés des lieux publics : s’y faire emmener par un local qui nous le fait pour 3 fois moins chers. On rencontre sur le chemin deux sudistes (Guangzhou/ Shenzhen) qui cherchent aussi le passage secret, et qu’on recroisera à pratiquement tous les spots où on se rendra par la suite. En visitant le musée des Naxi (minorité ethnique de la région), on comprend pourquoi ces symboles partout dans la ville, qui nous font penser à des hiéroglyphes : c’est leur mode d’écriture, vieux de plusieurs millénaire et conservé jusqu’à présent.DSC03892

13/11. Départ pour les fameuses Gorges du saut du tigre (2h de car), que je n’avais pas eu le temps de faire lors de mon dernier voyage en Chine faute de temps, et pour lequel je m’étais décidée de venir coûte que coûte une prochaine fois, seule s’il le fallait. On y passe deux journées, où on rencontre deux polonais : un père venant voir son fils travaillant à Shenzhen pour les plans d’urbanisme de la région. Quelle chaleur la journée en plein effort et quelle fraîcheur la nuit … on aura bien ri ce soir-là, à tenter toute sorte de stratégie pour avoir l’impression de se laver à l’eau chaude.
Des paysages à en couper le souffle, de fréquentes pauses pour contempler l’immensité des montagnes et le vide qui se dérobe sous nos pieds. Sans surprise, il y a plus d’étrangers que de touristes chinois, avec un parcours assez fatigant par endroits, mais une nature encore bien préservée.
Au total, ces 7-8h de randonnée le premier jour + 5h le lendemain ont été répertoriées parmi les meilleures randonnées à faire en Chine par le Lonely Planet 😉

15/11. Départ pour le Lac Lugu (5h de car, on y passe trois journées) : connue pour l’étendue de son eau bleue et comme figée dans le temps, se réfléchissant de loin comme un immense miroir en forme de U. Mais surtout connu pour la présence des Mosuos, qui fonctionnent encore selon une société matriarcale, où les femmes ne vivent pas avec leurs maris, élèvant leurs enfants avec frères et soeurs, ce qui suscite la curiosité de tous les visiteurs. On y fait 30km de vélo, où on pu aller jusqu’au Pont du mariage marchant, long de 2km, où des stands de produits régionaux se succèdent, sous un soleil étincelant, au milieu des hautes herbes jaunes qui poussent sur le lac.

18/11. Journée aux pieds de la Montagne du Dragon de Jade, nationalement connue pour ses 5800m d’altitude et sa Blue Moon Valley, où l’eau des bassins environnants brille de turquoise, vert émeraude, bleu ciel façon Lagoon (référence au cocktail alcoolisé), ce qui aurait un lien avec le calcaire de l’eau… En tout cas les photos de mariage fleurissent par ici. C’est notre dernière excursion, on profite au max. J’y aperçois mes premiers Yaks, de beaux êtres imposants qu’il fait beaucoup de peine à voir utilisé pour en faire des attractions touristiques.

19/11. Dernière journée tranquille à Lijiang, Aulde repart à Shanghai, et je passe l’aprèm avec un des deux garçons qu’on croise un peu partout (le cantonais), avec qui on échange sur des sujets très intéressants (dont le conflit japonais-chinois). Je file à la gare après avoir admiré le couché du soleil où on chillait une dernière fois. Je l’invite au restaurant pour le remercier de toute son aide et de tout ce qu’il m’a payé – non sans mal : les chinois sont hyper galants – et je prends une sorte de Heetch pour me rendre à la gare, en direction de Kunming, où je dois me rendre dans l’Hôpital de rééducation internationale, où travaille la soeur de mon acolyte des Sables chantants d’Ordos.

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Zoom sur les Soldats de terre cuite (Xi’an)

 

davUn site aussi exceptionnel méritait un petit zoom, même si la visite remonte maintenant à quelques semaines..
On entend beaucoup parler de la Grande Muraille de Chine, construite sous le Premier empereur Qin Shi Huan (dynastie Qin : -200 avant JC).
Mais en Chine, tout le monde connait aussi l’armée des soldats enterrés, construit sous … le Premier empereur Qin Shi Huan.
Elle suscite une fascination en soi, et un sentiment de fierté national extrême dans le coeur des chinois.

Qin Shi Huan est l’empereur ayant apporté les plus grosses contributions à la Chine. Ce fut le premier empereur à avoir réunifié le pays, après de nombreuses guerres entre royaumes (l’Histoire de la Chine a 4000 ans, elle avait donc débuté bien avant ce premier empereur), à avoir unifié la monnaie afin de faciliter les échanges, de même la largeur des roues de véhicules afin d’homogéniser les voies routières, l’outil de mesure et l’écriture. Un si grand pays se devait d’avoir des unités universelles (un peu comme quand Mao a décidé dans les années 1950, de promulguer la langue universelle, le mandarin, basée sur le dialecte Pékinois, Pékin étant la capitale de Chine –> d’ailleurs ceci explique pourquoi les nordistes sont bien plus compréhensibles que les sudistes)
Comme la plupart des grandes figures de l’Histoire, il était aussi malheureusement connu pour quelques actes moins héroïques, cruels et mégalo. L’armée des soldats sous terre et la grande muraille en sont quelques traces : l’armée aurait été réalisée sous la crainte qu’il ne serait plus protégé dans l’au-delà. Il aura ainsi sollicité près de 700.000 personnes durant 35 années, mobilisant argent, or, bronze, entraînant entre autre famines et pauvreté dans les villages. Vouant à une mort certaine les bâtisseurs de son Mausolée, afin de préserver ses secrets jusque dans leur tombe (on dit qu’ils auraient été enterrés vivants).

Ce qui a été découvert, déterré, restauré, et ouvert aux visiteurs en 1979 n’est qu’une infime partie de ce qu’il reste (Xi’an fait partie de ces villes où on peut trouver de merveilleux joyeux rien qu’en creusant sous terre, mais où on ne peut pas forcément creuser à tout va) : on estime à 6000 le nombre de soldats, uniques en leur genre, différents dans le moindre détail, que ce soit leur rang social, ethnie, forme de visage, coiffure, expression, couleur, style…
La fascination demeure dans l’ampleur de la réalisation, l’ancienneté du travail (les matériaux les plus anciens de bronze jamais découvertes dans le monde), mais surtout dans la qualité du travail : comment imaginer qu’il y a 2000 années de notre ère, le savoir faire des humains était aussi évolué?
La Chine n’est peut être pas le pays le plus développé, le plus accueillant, le plus époustouflant (et encore il y a tant d’endroits magnifiques dont on n’a jamais entendus parler, tellement focalisés sur les villes balnéaires), mais elle remporte de nombreux trophées en termes de site historiques, témoins de la civilisation avant notre ère, ainsi qu’en termes de diversité culturelle riche de ses 56 minorités ethniques.
D’ailleurs, les passionnés de Chine sont bien souvent des passionnés d’Histoire.
On peut facilement repenser à ces chinois d’apparence si matérialistes, si attirés par le pouvoir et l’argent mais qui au fond avouent que ce qu’ils espèrent ainsi, c’est retrouver la puissance qu’ils ont eu depuis des millénaires, et se faire une place solide dans le siège international pour ne plus jamais être humiliés et pillés par qui que ce soit, garantir la sécurité de son peuple et plus tard, leur bonheur. A n’importe quel prix…

Xav’ et moi parcourons tranquillement les fosses 1, 2, 3 : des chevaux, des archers, des officiers, des chefs… Mais aussi des salles entières jonchées d’appareils dédiées à la rénovation minutieuse de chaque pièce retrouvée, tel un hôpital pour survivants.
Nous voilà face à la rencontre entre le monde moderne et l’ancien monde, tentant de comprendre, faute de pouvoir communiquer, ne serait-ce que spirituellement.
Un musée nous attend en fin de parcours, mais n’ayant eu vent de son existence, nous n’avons plus le temps et rentrons à grand regret.
Nous aurions aimé avoir plus d’explications (l’audioguide était affreux avec la musique horripilante et la voix monotone derrière), et conseillons d’être un minimum renseigné avant d’y aller à défaut de prendre un guide sur place (cela dépend de votre budget, et pour avoir un guide français, il faut réserver en avance).
A l’inverse si vous avez la possibilité d’éviter les tours organisés, peu recommandé d’après Thomas D, que j’ai invité à un congrès de quelques jours qui s’est déroulé à Xi’an.

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Les points faibles et forts du voyage !

 

Ce qu’on a le plus apprécié 

1- Il faut bien qu’un régime aussi strict ait ses avantages, et mis à part la région ouest de la Chine (sans surprise le Tibet et le Xinjiang, où même les Mcdos sont assaillis de militaires et où le terrorisme bien que mis sous silence à la télé fait rage), il ressortait de manière assez unanime qu’il y avait très peu de vol et de vandalisme, et je ne me suis faite interpeller à aucun moment par quelconque Dom Juan dans la rue quelque soit mon mode vestimentaire ou l’heure à laquelle je me baladais seule dans la rue (inutile de préciser que ça n’est malheureusement pas le cas dans certaines villes comme Paris et Marseille pour ne citer que deux gros exemples).
C’est quelque chose dont les chinois sont très fiers, et très reconnaissants envers leur gouvernement.
Personnellement j’en suis bien plus que reconnaissante vu toutes les choses de valeur que j’ai pu oublier par ci par là tout le long de mon chemin. J’ai pu oublier mon sac sur un banc et me rendre à la gare acheter mes tickets (revenir en courant et le retrouver à côté d’une dame désintéressée), ma tablette et mon chargeur portable dans la chambre de mon auberge et me la faire livrer chez le couchsurfer de Kunming, mon thermos des dizaines de fois dans tous les lieux imaginables où jai pu me rendre, mon portable dans les chambres malgré des checks que j’estime au top …
Et me dire à chaque fois « j’ai vraiment de la chance, je l’aurais perdu si j’étais en France ».
(Bon, pour la gouttière laissée sur le plateau de l’avion, la maps de la vallée des éléphants oubliée sur la table, et le bracelet tout juste acheté oublié sur le comptoir du vendeur ou encore l’appareil photo que j’ai fait tomber au sol : personne n’a pu m’aider, pas même ma petite étoile).

2- La pureté des gens à mesure que l’on s’enfonçait dans les profondeurs de la Chine, et la bonté des gens qu’on a pu croiser sur notre route (une fois qu’on les connait, les chinois sont adorables : il faut pouvoir communiquer un minimum avec eux, l’expérience n’est pas pareil sinon). Les hôtes, vendeurs, qui nous offrent des fruits pendant nos échanges, les villageois qui nous amènent à la fête du village, la confiance qu’ont les gens que ce soit dans leurs magasins, dans les auberges, envers nous… C’est à peine s’ils vérifient qu’on a payé souvent, ou que les portes sont fermées à clefs.
Il m’est déjà arrivé d’entrer dans des boutiques vides, et d’y laisser l’argent de ce que je venais d’acheter faute de trouver quelqu’un à qui le lui payer.
En soi, c’est une chance inouïe de pouvoir profiter de ces endroits encore peu touristiques, et d’être les ambassadeurs de la France en quelque sorte. Bon nombre de chinois et minorités n’avaient jamais vu d’étrangers et Xav’ était donc leur premier.
Mignon dans l’idée même si pesant à vivre au quotidien.

3- La diversité et l’originalité des spécialités culinaires. Chaque fois que j’ai bougé de quelques km en Chine, c’était la redécouverte de chaque instants. On me pressait de goûter à ci, à ça…
Mais aussi de pouvoir manger dans des petits bioubiou sans problème sanitaire (c’est quelque chose que mon amie Aulde rencontrée plus tard m’a fait remarquer également : autant elle a déjà été plusieurs fois malades dans les pays d’Asie du sud-est, autant ça ne lui était jamais arrivée en Chine, et moi non plus de tous mes voyages), et préférer les petits bouiboui aux restos (là où on a le mieux mangé) aux plus grands/ chaines, avec un Xav’ au début assez réticent « j’ai l’impression d’être un clochard là… » « je vais prendre un smecta en prévention je pense… »
Au contraire, mon transit se porte mille fois mieux toutes les fois où je suis en Chine qu’en France.

Et bien sur nous avons apprécié ma chance dans ma malchance légendaire !!!

Ce qui nous a le plus dérangé

1- Pour Xav’, outre l’omniprésence des militaires au sang très froid, il va s’en dire que les chinois peuvent être particulièrement impolis dans la rue, au resto, à l’hôtel …
Bousculades, écrase-pied, coupe-file, croche-patte (oui oui un vieu a voulu mettre xav’ K.O dans le musée des soldats enterrés, il devait vraiment pas avoir envie qu’il lui passe devant), discussions très loud (et très aigues dans le sud), vidéos et messages vocaux en haut-parleur.
Ils ont aussi cette fâcheuse habitude de se râcler la gorge et de cracher par terre (le son est exquis et mieux éviter d’être sur le passage pour peu qu’y ait du vent ou qu’il vise mal) : en retour, on m’a demandé mais vous faites comment quand vous avez des glaires en France si vous crachez pas ? Ce qui m’a amené à penser qu’il y avait peut être une telle pollution que tout le monde avait des glaires (explication qui ne me satisfait qu’à moitié), mais surtout que c’est une sensation erronée qu’ils auraient développé par l’habitude. L’acte se serait intégré tout comme se racler la gorge avant de prononcer un discours, ou se moucher lorsque son nez coule.
Puis il y a ces démarcheurs oppressants et pas toujours honnêtes qui nous ont cassé les pieds dès qu’on les posait hors du van, et il faut dire que se balader avec le petit blond n’aidait pas la chose -_-. Les vendeurs ont un franc-parler un peu ahurissant où par ex après t’avoir expliqué déjà une fois la chose, il te demande si tu n’es pas un peu lente d’esprit, attardée, bref débile quoi.
Et si tu n’as pas récupéré tes affaires ou vidé les lieux en 2 temps 3 mouvements, action-réaction accélère gros poids lourd (les chinois ne supportent pas les gens lents et peu vifs, que ce soit physique ou moral. D’ailleurs quand je mettais 20min au collège entre le lever du lit et le passage de la porte, mon père trouvait ça encore trop lent : par la suite, j’ai juste accepté d’être lente pour tout, ou peut être que c’était une réaction de défense?)
Xav’ a trouvé la différence entre le Japon et la Chine, de l’ordre du gouffre. A vrai dire, les choses sont en train de changer, et on remarque des campagnes d’éducation un peu partout désormais (attendre le feu rouge, laisser la place aux personnes âgées …).
Puis plus tard, j’ai rencontré Aulde, une française qui m’a dit avoir été au Japon aussi, mais qui était finalement soulagée de retourner ensuite en Chine : au Japon, je trouvais que tout le monde en faisait trop, qu’ils n’avaient presque plus la liberté de s’exprimer, de s’épanouir. Ma copine qui était si libre et que j’ai vu scellée à sa nouvelle famille, à devoir demander l’authorisation de tout envers son mari… Finalement en Chine, je les trouve plus naturels, directs, épanouis tu vois.

2- La sécurité en Chine a un côté un peu excessif lorsqu’il s’agit de barricader toute zone possédant notamment un territoire d’eau (les chinois ne savent souvent pas nager), ou de montagne (des escaliers sont construits, toilettes, rampes…) dénaturant totalement les sites visités. Cela a pour conséquence une façon de très superficielle de voir, faire, visiter et profiter des choses. Egalement de se retrouver à payer pour tout et n’importe quoi :  prix pour entrer sur des sites de montagnes par exemple, accéder à une parcelle de chemin pour prendre une photo, sous prétexte que les routes et chemins ont été aménagées par les locaux. Rares sont devenues les accès gratuits aux sites naturels (plus si naturel).. J’ai cru comprendre que cela venait aussi d’un problème de responsabilité et d’assurance, car s’il arrivait quelque chose à quelqu’un sur un site appartenant à telle ville, la ville devait rembourser un montant faramineux à la famille du concerné (en tout cas c’est ce que m’a raconté une employée aux remparts de Xi’an lorsqu’un chinois s’est suicidé au moment où elle venait faire ses soins).
Barricader pour la sécurité, sécuriser car privatisé … Qui de l’œuf ou de la poule .. ?

3- Enfin le problème linguistique : pour faire très court, les chinois ne parlent pas anglais. Je ne connais pas bien la situation dans les grandes villes mais ça ne doit pas voler très haut. C’est très embêtant pour les étrangers qui viennent visiter le pays par leur propres moyens (et souvent c’est le cas, contrairement aux chinois qui n’ont pas ce problème à l’étranger puisqu’ils font tout par tour organisé). Le paradoxe de l’occidental étant qu’il ne veut pas faire les trucs touristiques, mais ne peut communiquer pour parvenir à y accéder. Xav’ se sentait assez limité de devoir tout faire par mon biais (et de devoir attendre tous les matins que je me réveille pour commencer sa journée :p).
Bien sur tout est possible, langage des signes, calculatrices, carte… mais il faut savoir que le temps passé en Chine devra obligatoirement être rallongé du double, et le budget du triple, car il sera difficile de se rendre directement d’un point A à un point B, et de payer au même tarif que les locaux (la négociation à la tête est un point phare).
J’ai plusieurs fois aidé des voyageurs par wechat en leur envoyant des messages vocaux quand ils étaient en galères, ou leur enregistrant la phrase clef qui leur permettrait d’arriver à leur destination (d’ailleurs je pourrais même en faire un commerce ah ah ah).

Petit bonus du séjour

La variété de nos types de couchage ont également ponctué les nuits de notre séjour pour le meilleur et pour le pire
* Table de pingpong lors d’un couchsurfing au climat aride et glacial (que Xav a troqué avec le sol au risque de casser la table).
* Bus-couchette en direction du sud (ou devrais-je dire bus-cercueil) ponctué de quelques contrôles.
* Planche de bois aménagée chez l’habitant, au village des Dai à la frontière avec la Birmanie
* Auberge confort où nous n’avons jamais vu quiconque à l’accueil (il nous a indiqué où prendre les clefs et comment payer).
* Hotel sans électricité et ruelles nocturnes à la bougie (ville plongée dans le noir pendant quelques jours), où nous avons pu tourner un magnifique court-métrage d’horreur
* Maison d’hôtes aux draps douteux et à l’eau gelée lors d’une escale dans un champs de thé (moi, croyant faire une bonne affaire en négociant les billets du site d’à côté avec la chambre), où nous avons fini par mettre du bicarbonate de soude en prévention des puces et délaissé mon lit qui était encore plus douteux et tenter de se réchauffer grâce aux deux couvertures, doudounes, capuches, écharpe…

L’avantage dans tout ça, c’est qu’outre avoir bien ri, toute chambre d’hôtel possédant eau chaude et électricité nous paraissait d’un luxe inestimable et on passait des nuits d’un bonheur absolu !

 

L’interrogatoire subi à la frontière birmane

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Ligne 02/11 du carnet de voyage « Menghai >> Daluo >> Chengzi Zhai ».

Dieu sait combien de contrôles on a du traverser pour se rendre ici, et combien de fois j’ai du descendre du car. En général, on voit apparaitre la tête de deux militaires, leur expression change quand ils voient celle de Xav’, ils se chuchotent quelque chose, et se dirigent directement vers moi : pièce d’identité? Tu es avec lui? tu parles chinois? Viens avec moi. En général, tout se passe bien, on me demande ce que je compte faire, et on me dit de ne surtout pas aller en Birmanie, c’est un régime totalitaire là-bas et les étrangers ne sont pas autorisés à passer, quelque soit ce qu’on pourra me dire arrivée là-bas.
Contre toute attente, c’est plutôt lorsqu’on revenait vers le nord que ça s’est moins bien passé.
Il faut dire qu’on avait réunis pas mal de points douteux Xav’ et moi à ce moment-là.
Le premier militaire monte pendant qu’on discute tous les deux, et au vu des passeports, rigole, il n’a jamais vu ceux-là, qu’est-ce que c’est? « Des passeports français » tous les deux ? « oui ».
Il n’a pas fallu quelques minutes pour qu’on me demande une énième fois de descendre.
Seulement j’ai affaire à son acolyte qui est assis en bas face à une planche en bois qui fait office de table. « Qu’est-ce que tu fais avec un blanc? » On voyage. « C’est ton copain? » Non, c’est juste un ami » (moment de blanc, il a du mal à avaler la pilule) « Qu’est-ce que vous venez faire ici? » Du tourisme »Tu n’es pas française toi » Si « Et pourquoi tu parles aussi bien chinois? » Petite blague qui ne passe pas. Je dis juste que mes parents sont chinois. C’est bien la première fois qu’on me reproche de bien parler le chinois, le comble. Je demande pourquoi être si strict dans cette région, c’est la dizième fois qu’on m’interroge comme ça. « C’est juste la procédure pour les étrangers, on a des documents à remplir ». Je me détends, il est juste super frigide du coup.
Mais il m’enchaine ensuite. « Vous êtes allés faire quoi? » On est allé se promener, on a entendu dire qu’on pouvait observer la fabrication du papier et les minorités du village. « Combien de temps? » Un soir « Vous avez dormi où? » Hmm c’était dans un village chez des gens. « Ca n’est pas possible. » Je vous assure qu’on a dormi chez eux, on n’avait pas envie d’aller dormir dans le site touristique, ça ne nous intéressait pas. « Chez qui? Où? » (oulala qu’est-ce qu’il lui prend à lui là… j’ai peur de leur attirer des ennuis, je lui dis que je ne sais plus qui, mais c’était dans tel village : je donne le nom du village). « Combien la nuit? » 100 avec le repas. « C’est tout??? Si peu cher?? C’est pas possible (bon il me stress là qu’on en finisse). C’était quoi, une pièce ou deux? » Une. « Un lit ou deux? » Un. « Un seul lit avec ton ami qui n’est pas ton copain?? » J’abandonne l’idée de tergiverser sur le fait que nous n’allions pas chipoter sur la séparation de la planche de bois alors que nous venions de trouver un endroit « parfait » pour passer la nuit.. Le premier militaire pour qui il ne fait pas de doute que je suis bien française, éclate de rire : ben ce sont des étrangers, ils sont ouverts là bas!
Le second ne décroche pas un sourire et me demande de faire descendre Xav’.
Je lui dis qu’il ne sait pas parler chinois, il me dit de quand même le faire descendre sur un ton autoritaire. Je fais signe à Xav’ qui nous scrute par la fenêtre d’un air inquiet, qu’il faut descendre aussi cette fois.
Le chauffeur s’impatiente et se tient prêt à nous abandonner sur la route si ça continue.
« Il sait parler chinois? » Non. Enfin, il sait dire bonjour.. (tentative de blague : échec) « Ouais, moi aussi je sais dire bonjour. »
Il nous enchaine sur le tarif qu’on a payé pour le dej du lendemain (je prie Xav de donner un prix random car je ne veux pas qu’il se demande pourquoi est-ce qu’on nous a offert le repas du midi), nous demande ce qu’on a mangé, m’engueule car je pose la question à Xav alors que je suis censée le savoir..
Jusqu’à ce qu’il marque une pause. Nous observe. Et me lâche « ton anglais est quand même très fluide ». J’abandonne l’idée saugrenue de lui préciser que c’est du français, pas de l’anglais. Paix à mon âme. Je le vois réfléchir. Il finit par nous tendre les passeports. « Bon, allez-y ».

Le zouzou croyait vraiment que j’étais une rescapée chinoise ou je n’ose imaginer autre situation farfelue… (je ne sais pas trop comment je dois le prendre..).
Mais on pousse un soupir de soulagement. Le chauffeur nous guette, pressé, on lui fait signe qu’on peut repartir. Soupir général dans le car.

Carnet de voyage du Sud du Yunnan avec Xav’

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Voici le résumé de notre périple afin que vous puissiez comprendre l’itinéraire, et comment on a survécu tout le long, après l’arrivée de Xav’ en Chine et la réalisation de son rêve d’enfance 🙂

31/11. Xi’an >> Kunming (1500km, 2h de vol) : après les péripéties à l’aéroport de Xian ou Comment j’ai e.n.c.o.r.e failli rater l’avion, et de notre splendide nuit dans l’Antarctique, nous passons la journée avec notre couchsurfer (musée, restaurant, balades), bus-couchette pour aller vers les terrasses du YuanYang, puis changement de plan car plus de places : on part carrément ailleurs, dans le sud vers la frontière Birmane

01/11. Kunming >> Jinghong (500km, 8h de bus de nuit)
Capitale du Xishuangbanna (présence d’un aéroport, qui aurait été plus stratégique d’utiliser) : rivière du Mékong, marché nocturne, ensoleillement caliente avec ses 30° (que bueno ca change du froid)


02/11. Menghai >> Daluo (village) >> ChengZi Zhai (mini village de Dai) (100km) 1 journée de transit en car
Cap vers la frontière ouest (Birmanie), logement chez l’habitant après être arrivés au coeur du village de la minorite Dai tels des sans abris (on nous a dirigé vers une famille accueillant les jeunes enfants du village, dont des birmans laissés à l’année par leur parents, se débrouillant tout seul pour la nourriture et les devoirs), diner convivial chez eux où Xav’ a pu goûter pour la première fois a de beaux insectes, tomber amoureux de leur petite, puis devenir ambassadeur des blancs lors de la fête annuelle du village, avec feu d’artifice maison fait à partir de bamboo (impressionnant et un peu dangereux en fait XD). Xav’ est de plus en plus malade, et c’est légèrement fiévreux, que je décide sur son lit de mort de mettre quelques une de mes nouvelles compétence d’acupuncture en action–> pour plus de détails)

03/11. Chengzi Zhai >> Jinghong (100km, 2h de car) dans l’auberge sans hôte
On quitte la région frontalière, non sans mal avec l’interrogatoire subi à la frontière Birmane

04/11. Jinghong >> Vallée des éléphants sauvages (40km, 1h) >> Mengyang (20km)
Plus que 80 éléphants en liberté, soit environ 10 familles, stop jusque Mengyang ou on fait le voyage abev deux nordistes sympas (ville paumée sans électricité ce jour-là)

05/11. Mengyang >> Pu’Er (100km, 2h) : La plus célèbre ville du thé en Chine : visite du site et balade dans le village avec les cochons, les poules et les poussins. Deux vieilles dames proposent a xav le petit encas qu’elles sont en train de déguster, fraîchement cueillis dans les champs : de belles araignées vivantes au corps multicolore, assemblées dans un sac tels de petites châtaignes ramassées dans les bois. Nuit mémorable avec le froid de canard, l’eau froide et les draps douteux.

06/11. Pu’er >> Nansha (Yuanyang) (300km, 6h), la ville phare pour le départ vers les fameuses rizières en Terrasses du Yuanyang (mon rêve du voyage).

07/11. Nansha (yuanyang) >> NiuJiaoZhai (40km, 1h)
Villages de la région authentiques par leur marchés quotidiens tenus par des minorités ethniques de la région : les Yi et les Hani majoritairement. Le marché est itinérant c’est a dire qu’il se tient selon les jours calendaires (ici j’ai checke celui du jour J qui était celui du chien, donc à Niujiao Zhai). Repas du midi extra (j’adore), sur la place centrale avec tables de grillades a ras, ou l’hôte soccupe de nous faire griller la viande qu’on aura choisi sur les étals de bouchers en face et nous sert parallèlelement bols de pâtes de riz, riz blanc, riz rouge, thé.

NiuJiaoZhai (40km, 1h) >> Laohuzui (terraces ricefield).


08/11. Nansha (Yuanyang) >> Jianshui (150km, 3h) qu’on a le plus apprécié (et surtout eu le temps d’apprécier) puisqu’on est restés 2 nuits, avons fait du vélo pour rejoindre le double pont du Dragon (très ancien), et d’autres villes reculées. Ville qui signifie « construite sur l’eau » car entouree d’eau (vive les moustiques), encore très authentique avec ses 4 grandes anciennes portes (nord sud est ouest), ses toitures traditionnelles, ses jolies boutiques de souvenirs, et où Xav’ y a acheté la plupart de ses cadeaux.

10/11. Jianshui >> Kunming (200km, 4h): soirée d’adieux avec hotpot et bières à volonté, course poursuite dans la ville. Le lendemain, je raccompagne Xav’ – à la bonne gueule de bois (créature fragile) – jusqu’à l’aéroport de Kunming.
Petit débrief en attendant le vol retardé : c’était intense (peut être trop), mais on aura bien ri ! Et c’est la tête plein de bons souvenirs que je repars seule, pour de nouvelles aventures… !

 

InkedYunnan carte

Résumé de l’itinéraire SUD-YUNNAN

 

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